Histoire 8 avril 2026 25 min de lecture

L'histoire folle des hôtels mythiques de New York : scandales, stars et légendes

Derrière les façades de pierre et les dorures des grands hôtels new-yorkais se cachent des histoires que même Hollywood n'oserait inventer. Partons pour un voyage dans le temps à travers sept hôtels légendaires.

Façade d'un grand hôtel de New York

Carte des 7 hôtels mythiques

Localisez les sept hôtels légendaires de cet article sur la carte de Manhattan.

Un poète mort après dix-huit whiskies, une petite amie poignardée dans sa chambre, un président qui descendait d'un train secret caché sous Park Avenue, une fresque peinte en échange d'un an et demi d'hébergement... Les palaces de Manhattan ne sont pas de simples lieux où dormir : ce sont des personnages à part entière de l'histoire américaine, témoins muets des amours, des drames et des créations qui ont façonné le XXe siècle.

1. Le Chelsea Hotel : le repaire des artistes maudits

Construit en 1884 sur la 23e Rue Ouest, le Chelsea Hotel fut d'abord un immeuble d'appartements coopératifs avant de devenir hôtel en 1905. Son architecture victorienne en brique rouge, ses balcons en fer forgé et son célèbre escalier en spirale de douze étages ont attiré dès le début une faune d'artistes fauchés, d'écrivains en exil et de musiciens en rupture de ban.

La liste des résidents célèbres donne le vertige. Mark Twain, Tennessee Williams, Arthur Miller, Jack Kerouac (qui y aurait tapé Sur la route d'une traite), Allen Ginsberg, William Burroughs, Bob Dylan (qui y composa Sad-Eyed Lady of the Lowlands), Patti Smith et Robert Mapplethorpe au début de leur relation, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Leonard Cohen... Ce dernier immortalisa sa rencontre avec Joplin dans l'ascenseur de l'hôtel dans la chanson Chelsea Hotel #2.

Mais le Chelsea, c'est aussi le théâtre de tragédies. En 1953, le poète gallois Dylan Thomas s'effondra dans sa chambre après avoir englouti, selon la légende, dix-huit whiskies au White Horse Tavern voisin. Il mourut quelques jours plus tard à l'hôpital, à 39 ans.

Plus sombre encore : le 12 octobre 1978, le corps de Nancy Spungen, compagne de Sid Vicious des Sex Pistols, fut retrouvé poignardé sous le lavabo de la salle de bain de la chambre 100. Sid Vicious fut arrêté pour meurtre mais mourut d'une overdose avant son procès. L'affaire hante encore l'hôtel.

Fermé en 2011 pour une rénovation interminable, le Chelsea a rouvert progressivement ses portes, en tentant de préserver son âme bohème malgré sa transformation en établissement haut de gamme.

Le saviez-vous ?

Le réalisateur Stanley Kubrick tourna plusieurs scènes de Eyes Wide Shut en s'inspirant des couloirs labyrinthiques du Chelsea. Et Andy Warhol y filma Chelsea Girls en 1966, un film de plus de trois heures montrant la vie quotidienne des résidents.

2. Le Plaza Hotel : le palace de tous les superlatifs

Inauguré le 1er octobre 1907, le Plaza dresse sa silhouette de château français de la Renaissance face à Central Park, à l'angle de la Cinquième Avenue et de Central Park South. Dix-neuf étages, 800 chambres à l'origine, un coût de construction pharaonique de 12,5 millions de dollars de l'époque : le Plaza fut pensé dès le départ comme le palace ultime de l'Amérique.

Dès son ouverture, il devient le théâtre des excentricités de la haute société new-yorkaise. F. Scott Fitzgerald et sa femme Zelda, figures emblématiques des Années folles, auraient sauté tout habillés dans la fontaine devant l'hôtel. Fitzgerald immortalisa le Plaza dans Gatsby le Magnifique, où se déroule la scène de confrontation décisive entre Tom Buchanan et Jay Gatsby.

Le moment le plus légendaire de l'histoire sociale de l'hôtel reste le Black and White Ball organisé par Truman Capote le 28 novembre 1966 dans la Grand Ballroom. Cinq cent quarante invités triés sur le volet, dress code strict noir et blanc, masques obligatoires : la presse de l'époque l'a qualifiée de « fête du siècle ». Capote en tira une gloire mondaine qui ne le quitta plus jamais.

Le Plaza est également une star de cinéma. Il a servi de décor à des dizaines de films, dont La Mort aux trousses d'Hitchcock (1959), Gatsby le Magnifique dans toutes ses adaptations, Crocodile Dundee, American Gigolo, Funny Girl, et bien sûr Maman, j'ai encore raté l'avion 2 (1992), où le jeune Kevin McCallister s'y installe seul avec la carte bancaire de son père. Le personnage fictif d'Eloïse, la petite fille créée par Kay Thompson en 1955 qui vit au sixième étage du Plaza, y dispose encore aujourd'hui d'un portrait officiel dans le lobby.

En 1988, Donald Trump racheta l'hôtel pour 407,5 millions de dollars. Il le revendit quelques années plus tard, incapable d'honorer ses dettes. Le Plaza appartient aujourd'hui à un consortium d'investisseurs qataris et indiens.

Le saviez-vous ?

Le portrait d'Eloïse, peint par Hilary Knight, a été volé dans le lobby du Plaza en 2003. Il fut retrouvé chez un employé de l'hôtel et réinstallé à sa place attitrée, au rez-de-chaussée, où les enfants viennent encore le voir aujourd'hui.

3. Le Waldorf Astoria : l'hôtel des présidents

L'histoire du Waldorf Astoria est celle d'une renaissance permanente. Le premier Waldorf-Astoria, fruit de la fusion de deux hôtels rivaux appartenant à des cousins de la famille Astor, occupait à l'origine l'emplacement actuel de l'Empire State Building. Il fut démoli en 1929 pour laisser place au gratte-ciel le plus célèbre du monde.

Le nouveau Waldorf Astoria, chef-d'œuvre Art déco de 47 étages sur Park Avenue, ouvrit ses portes en 1931. Il fut alors le plus grand et le plus haut hôtel du monde. Sa Presidential Suite a accueilli tous les présidents américains depuis Herbert Hoover, ainsi qu'une liste interminable de rois, reines, dictateurs et chefs d'État.

Mais le secret le mieux gardé du Waldorf est enfoui sous ses fondations : le Track 61, un quai ferroviaire privé relié à la Grand Central Station. Ce quai fut notamment utilisé par Franklin D. Roosevelt pour dissimuler au public son handicap : atteint de la polio et incapable de marcher, il arrivait en train directement sous l'hôtel, où un ascenseur spécial hissait sa limousine blindée jusqu'au niveau de la rue. Le général MacArthur, Andy Warhol (qui y organisa une fête légendaire en 1965) et de nombreuses célébrités ont également emprunté ce passage secret.

Parmi les résidents permanents figuraient Marilyn Monroe (qui y vécut en 1955), Frank Sinatra, Cole Porter (dont le piano Steinway a été conservé et trône aujourd'hui au Peacock Alley), le duc et la duchesse de Windsor après l'abdication d'Édouard VIII, et le général Douglas MacArthur qui y passa ses dernières années. Le Waldorf est aussi le berceau de plusieurs plats devenus iconiques : la salade Waldorf, les œufs Bénédicte et le red velvet cake y ont été inventés.

En 2014, le groupe chinois Anbang Insurance racheta l'hôtel pour 1,95 milliard de dollars, un record mondial pour une transaction hôtelière. Fermé en 2017 pour une rénovation titanesque de 2 milliards de dollars, le Waldorf Astoria a rouvert ses portes le 15 juillet 2025 après huit ans de travaux, avec seulement 375 chambres contre 1 400 auparavant (le reste étant converti en appartements de luxe).

Le saviez-vous ?

Le Track 61 existe toujours sous le Waldorf. On peut encore y voir le wagon privé de Roosevelt et l'ascenseur qui hissait sa Pierce-Arrow blindée. Ce quai fantôme est l'un des secrets les mieux gardés du réseau ferroviaire new-yorkais.

4. L'Algonquin Hotel : le berceau du New Yorker

Ouvert en 1902 sur la 44e Rue Ouest, l'Algonquin doit sa célébrité à un groupe d'habitués qui en firent, dans les années 1920, le centre intellectuel de New York. Pendant près de dix ans, un cercle d'écrivains, de critiques et d'humoristes se réunit quotidiennement autour d'une table ronde dans la salle à manger de l'hôtel. Cette Algonquin Round Table, surnommée « le Cercle vicieux » par ses membres eux-mêmes, rassemblait notamment la redoutable Dorothy Parker (dont les bons mots acérés firent le tour de l'Amérique), Robert Benchley, Harold Ross, Alexander Woollcott, George S. Kaufman et le jeune Harpo Marx.

C'est au cours de ces déjeuners arrosés qu'Harold Ross imagina en 1925 la création d'un magazine satirique et littéraire qui allait devenir une institution : le New Yorker. Les membres de la Round Table en furent les premiers contributeurs réguliers.

Autre tradition qui perdure : depuis les années 1930, un chat résident vit en permanence dans le lobby de l'hôtel. Les mâles s'appellent tous Hamlet (en hommage à John Barrymore qui préparait son rôle à l'Algonquin), les femelles Matilda. Le chat actuel dispose même de ses propres cartes de visite.

Le saviez-vous ?

Dorothy Parker était connue pour ses répliques assassines. À une invitée qui lui avait dit « Je ne supporte pas les imbéciles », elle avait répondu : « Comme c'est étrange, votre mère n'a apparemment pas eu ce problème. » Beaucoup de ses bons mots furent forgés à la table de l'Algonquin.

5. Le Carlyle : le refuge discret des célébrités

Inauguré en 1930 sur la 76e Rue à l'angle de Madison Avenue, en plein Upper East Side, le Carlyle a cultivé dès l'origine un art consommé de la discrétion. C'est cette réputation qui attira la famille Kennedy : JFK y disposait d'un appartement permanent au 34e étage, la suite 3406, où il aurait reçu à plusieurs reprises Marilyn Monroe. La légende veut que leurs rencontres aient été facilitées par un passage discret entre différents ascenseurs de l'hôtel.

Le Carlyle abrite deux institutions new-yorkaises : le Café Carlyle, où Woody Allen jouait de la clarinette avec son orchestre de jazz la plupart des lundis soir pendant des décennies, et le Bemelmans Bar, dont les murs sont recouverts de fresques originales peintes par Ludwig Bemelmans, l'auteur et illustrateur des livres pour enfants Madeline. Bemelmans réalisa ces peintures en 1947 en échange d'un an et demi d'hébergement gratuit pour lui et sa famille. Ces fresques, seule œuvre publique visible de l'artiste, sont aujourd'hui classées et valent plusieurs millions de dollars.

Parmi les habitués célèbres du Carlyle figurent également Mick Jagger, George Clooney, Jack Nicholson, Princesse Diana et pratiquement tous les présidents américains en visite privée à New York.

Le saviez-vous ?

Le Bemelmans Bar doit son nom à Ludwig Bemelmans, mais l'anecdote la plus folle concerne le prix du deal : en 1947, peindre les murs d'un bar en échange de 18 mois de logement semblait un marché raisonnable. Aujourd'hui, ces fresques sont estimées à plus de 10 millions de dollars.

6. Le Hotel Pennsylvania : la fin d'une légende

Ouvert en 1919 face à Penn Station, le Hotel Pennsylvania fut, à son apogée, le plus grand hôtel du monde avec ses 2 200 chambres. Mais sa gloire tient surtout à son numéro de téléphone : PEnnsylvania 6-5000, soit 212-736-5000 en notation moderne — le plus ancien numéro de téléphone encore attribué à New York.

Ce numéro fut immortalisé en 1940 par le chef d'orchestre Glenn Miller dans son morceau éponyme, devenu l'un des plus grands succès de l'ère du swing. Le Café Rouge de l'hôtel accueillait alors les plus grands big bands américains : Benny Goodman, Duke Ellington, Tommy Dorsey, Count Basie et Glenn Miller lui-même y jouaient régulièrement devant des foules en délire.

Malgré une mobilisation citoyenne et de nombreuses pétitions pour le sauver, le Hotel Pennsylvania a été démoli en 2023 pour laisser place à un futur gratte-ciel de bureaux. Un symbole douloureux de la disparition progressive du vieux New York.

Le saviez-vous ?

Le numéro 212-736-5000 était si célèbre qu'il recevait encore des milliers d'appels par mois des décennies après le tube de Glenn Miller. C'était le plus ancien numéro de téléphone en service continu à New York jusqu'à la fermeture de l'hôtel.

7. D'autres légendes à connaître

L'inventaire des hôtels mythiques new-yorkais ne serait pas complet sans mentionner quelques autres lieux emblématiques.

Le St. Regis, ouvert en 1904 par John Jacob Astor IV (qui périra huit ans plus tard dans le naufrage du Titanic), revendique l'invention du Bloody Mary dans son King Cole Bar en 1934 — bien que le cocktail fût alors appelé « Red Snapper » en raison de la pudibonderie américaine.

Le Gramercy Park Hotel, établi en 1925, offre à ses clients l'un des privilèges les plus rares de Manhattan : l'accès au Gramercy Park, le seul jardin privé de la ville, dont la clé est remise à la réception. Bob Kennedy, Babe Ruth et Humphrey Bogart (qui s'y maria en premières noces) y séjournèrent régulièrement.

Le Roosevelt Hotel, ouvert en 1924 à Midtown, a servi de décor à Maman j'ai encore raté l'avion, Malcolm X, Men in Black 3 et The Irishman de Scorsese. Fermé en 2020 et temporairement utilisé comme centre d'accueil pour migrants, son avenir reste incertain.

Le saviez-vous ?

Le Gramercy Park est le seul parc privé de Manhattan. Seuls les résidents des immeubles qui l'entourent — et les clients du Gramercy Park Hotel — possèdent la clé qui ouvre sa grille en fer forgé. Il n'existe que quelques centaines de clés en circulation.

Plus qu'un lit : une part d'histoire

Ces hôtels racontent New York bien mieux que n'importe quel manuel. Ils ont accueilli les stars et abrité les scandales, vu naître des chefs-d'œuvre littéraires et musicaux, servi de décor aux plus grands films, et parfois dissimulé des secrets d'État. Certains ont disparu, d'autres sont devenus inaccessibles aux petits budgets, mais beaucoup restent ouverts aux voyageurs qui rêvent de dormir dans une légende.

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